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Archive pour la catégorie ‘Sonic Pieces’

DICTAPHONE • Poems From A Rooftop [Sonic Pieces, 2012]

Dans Sonic Pieces le 12/04/2012 à 00:00

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Les poèmes s’écrivent sur un toit quand on est amoureux ou quand on est en guerre. Poems From A Rooftop évoque les toits de la Révolution Verte iranienne de 2009. Des toits en révolte étouffée.
Les poèmes de Dictaphone n’ont pas de mots – hormis ceux portés dans Rattle par Mariechen Danz. Ils sont de cordes, de jazz, d’électronique et de quelques samples. Ici des pas précipités, là une course essoufflée, stigmates d’une contestation.
Poems From A Rooftop hérite de Sonic Pieces exigence classieuse et attirance pour l’ombre. Mais – est-ce une nouvelle tendance pour le label berlinois, qui le rapprocherait ainsi de City Centre Offices ? – c’est un album d’une belle énergie, lumineuse et fluide, où rythme et chaleur font leur apparition.
En ombre féline et libre, Poems From A Rooftop flotte sur la ville, y coule un flow à la fois tendu et suave et distille quelques sonorités d’Orient. Rejoints par le violoniste Alexander Stolze, Oliver Doertell et Roger Döring proposent leur œuvre la plus aboutie. Celle d’une maturité qui, après un silence de six ans, leur permet d’associer avec la plus grande finesse, émotion et conscience.

(publié sur Autres Directions le 12/04/2012)

RYAN TEAGUE • Causeway [Sonic Pieces, 2011]

Dans Sonic Pieces le 15/06/2011 à 00:00

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Six Preludes (2005) et Coins & Crosses (2006). Deux albums parus chez Type, et qui avaient permis à Ryan Teague d’habiller sa culture classique d’éléments électroniques et ambient. Un costume porté avec une élégance naturelle et taillé pour se mesurer sans complexe aux références du genre. C’était sans compter sur la passion de l’homme pour la guitare et son attirance pour les nouveaux terrains de jeu. Le voici chez Sonic Pieces, avec un album contre-pied et pour seul instrument, une guitare qui, dès les premières notes de Causeway, hésite à dire son nom, timbre comme une mandoline et en pince presque comme un clavecin. La technique est brillante, le répertoire chaparde au baroque mais surtout, tout brille, tout danse. Les mains volent, les doigts font des pointes. Causeway, Undone et Loophole (Fig. 2) claquent les plus chaudes couleurs, enroulent les plus belles boucles, et les emmêlent en strates. Avec un album aux tonalités inattendues, Ryan Teague et sa guitare enchantée transportent, embarquent et enivrent. A en chavirer aux bords des plus beaux possibles, Causeway est un bonheur lumineux, un plaisir gourmand, une petite ivresse.

(publié sur Autres Directions le 15/06/2011)

GARETH DAVIS AND MACHINEFABRIEK • Grower [Sonic Pieces, 2011]

Dans Sonic Pieces le 07/03/2011 à 00:00


On dit souvent que les instruments à vent sont ceux dont le timbre se rapproche le plus de la voix humaine. Là où d’autres ne sollicitent que la virtuosité des mains et des doigts, ceux-ci mettent en œuvre le jeu des lèvres, de la langue, des joues et de l’air expulsé. Sans doute cet air, qui fait vibrer bois ou métal, emporte-t-il davantage que le souffle du musicien. Un peu de lui-même, un petit supplément d’âme.

Lorsque la clarinette de Gareth Davis se trouva pour la première fois associée aux matières sonores de Rutger Zeudervelt (Machinefabriek), l’histoire raconte que l’entente fut telle qu’elle fit naitre quatre heures d’alchimie musicale. En sortirent d’abord Ghost Lanes (autoproduit, 2009), puis Drape (Home Normal, 2010). Issu de la même session, Grower finit s’illustrer la complicité gourmande des deux musiciens.
Au cœur de cet espace de partage, une synergie se dévoile. A la manière d’une belle relation, chacun écoute l’autre pour le mettre en valeur. Chacun enrichit l’ensemble pour le faire progresser et le porter un peu plus haut. Les drones de Machinefabriek, denses et profonds, prennent le relief que leur donne l’éclairage d’une clarinette chaleureuse et organique. Qui montre alors sa différence, son humanité. Habitée et plus agile, c’est elle qui se détache toujours légèrement pour prendre le rôle de la voix principale et de l’instrument solo.
Sur Grower Part 1, elle est pensée qui d’abord serpente, chemine et cherche sa voie. Une pensée qui s’insinue comme un doute et se mue en voix inquiétante. Sur Grower Part 2, elle reprend ce rôle, mais dans un contexte plus sombre et tendu. Qui prend des airs de conflit. Et viendra se perdre dans un chaos final de dissonance. A la manière d’une belle relation ?

ERIK K SKODVIN • Flare [Sonic Pieces, 2010]

Dans Sonic Pieces le 04/01/2011 à 00:00

Pale Ravine (Type, 2005). Première pierre d’une oeuvre au noir, posée en compagnie d’Otto Totland, et sous le nom de Deaf Center.
Knife (Type, 2006). Second volet fondateur, en solo et lugubres textures électroniques, sous le nom de Svarte Greiner.
Flare (Pieces, 2010). Premier album sous son propre nom pour Erik K Skodvin, le patron de Miasmah, installé à Berlin.
Quelque chose de noir. En permanente réincarnation. En recherche. En quête. Ou en errance. Pour Flare, Erik K Skodvin n’est plus Svarte Greiner, mais sa musique – qui n’en est pas moins sombre [1] – a subi une mutation. Les paysages sonores de Knife et Kappe ont évolué. Les drones électroniques ont mué en tissus de facture organique. En travaillant exclusivement à partir de sons d’origine acoustique (guitare, piano, violon), le compositeur et designer norvégien a donné vie à son univers musical froid, sommet de tension et d’angoisse. En y accueillant une voix – celle de la chanteuse d’opéra Ingrid Macody Lund Fraser, il l’a ouvert, et l’a rendu plus humain.
L’usage de cette nouvelle palette, illustrée par les superbes Pitch Dark, Graves et Caught In Flickering Lights, offre une plus grande richesse d’expression. Introduit de nouveaux reflets. Et crée des tons qui viennent rougir et réchauffer la perfection bleutée du noir de Knife.

Une rémission sans doute. Car déjà réapparait Svarte Greiner et un 12″ partagé avec l’artiste norvégien Le Corbeau. Glacial. Polaire.

(publié sur Autres Directions le 04/01/2011)


[1] svarte greiner : branches noires, en Norvégien.

GREG HAINES • Until The Point Of Hushed Support [Sonic Pieces, 2010]

Dans Sonic Pieces le 09/09/2010 à 06:00

Le Slumber Tides de Greg Haines est apparu, dans la discographie Miasmah, entre le Plexus II de Encre et le Daydreaming de Rafael Anton Irisarri. De solides références et d’excellents auspices pour le premier album du jeune Anglais, pianiste et violoncelliste de formation. Quatre ans plus tard, Until The Point Of Hushed Support parait chez Sonic Pieces et illustre à nouveau les intentions du Berlinois d’adoption. Des intentions empreintes du même romantisme noir. Onirique et austère. Entre classicisme et expérimentations. Et pleinement dans la lignée des influences avouées du jeune homme : Steve Reich, Gavin Bryars, Philip Glass ou Arvo Pärt. Un album plus ambitieux, plus orchestré que son prédécesseur. Enregistré à Berlin, dans cette église Grunewald qui fut en 2009 le théâtre du The Bells de Nils Frahm. Une ambition traduite par la contribution d’un quatuor à cordes (violon, violoncelle et deux contrebasses), d’un saxophone. D’une voix (Kristin Evensen Giæver) et d’un piano (Nils Frahm). Pour un son plus ample, plus généreux. Et quatre pièces à la durée croissante.

Industry Vs. Inferiority, minimaliste et distancié, en court prologue immersif. Le piano de Nils Frahm prend possession de la scène. Pose les bases d’un ton général. Grave et habité.

Marc’s Descent. Dix minutes glaçantes. Une descente qui voit cordes, orgue et voix de Kristin Evensen Giæver ouvrir les portes d’un monde musical aux airs de requiem. Dramatique et noir.

In the Event of a Sudden Loss. La descente se fait plongée. Dans un état qui ne peut être complètement conscient. Extraits radiophoniques distants, orgue méconnaissable, naissance d’une section de cordes. Quelques cloches. Des bribes de mélodies. Immobilité et perception pure. Celle d’un immense vide. D’un néant, sans repère.

Il faut pourtant continuer. Atteindre un autre rivage. Until The Point Of Least Resistance. Apercevoir un peu de lumière. Laisser les cordes élever un peu leur tonalité. Faire confiance à l’orgue et se laisser porter. Lever les yeux. Respirer enfin. État de sensibilité extrême. Sérénité. Solitude. Avec un piano. Dans un noir devenu blanc.

(publié sur Millefeuille le 09/09/2010)

 

 

 

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