
Il est 5h43. Dehors, se devine une lumière qui n’appartient plus à la nuit et pas encore au jour. Une empreinte gris neutre, jumelle de son négatif. Moment choisi pour ouvrir le Grimoire d’un Kreng que Miasmah, en inestimable explorateur de frissons et d’abimes, accueille pour la seconde fois. L’Autopsie Phénoménale de Dieu avait planté le décor aride et oppressant d’un théâtre surréaliste et noir. Grimoire le réanime et y déroule un nouvel acte, à la chute glaçante. En ces lieux et à cette heure, les voix ne sonnent plus que comme des pleurs ou des cris. Les cœurs trébuchent au moindre faux pas, le sang s’affole au premier frottement, au premier chuchotement. Le souffle est court. Complice du théâtre expérimental d’Abattoir Fermé, Pepijn Caudron sait installer ces tensions et instiller ces pointes d’angoisses. Son univers musical, pavé de bribes de jazz et de dialogues étouffés de séries Z, étire jusqu’à l’aube un noir bleu marine.
Au cœur de cette presque-plus-nuit et de ce pas-encore-jour, le piano hésite, le violoncelle rampe. Caisse claire et percussions, agiles et sèches, créatures nocturnes, glissent entre les ombres.
Il est 6h39. Un coup de hachoir final, un cri, vient de trancher les derniers fils de la nuit. Laissant comme seule pulsation, celle d’un cœur bancal, surpris et orphelin de cette peur amère qui l’avait accompagné.
(publié sur Autres Directions le 17/06/2011)


