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Archive pour la catégorie ‘Constellation’

SISKIYOU • Keep Away The Dead [Constellation, 2011]

Dans Constellation le 27/10/2011 à 00:00


Siskiyou. Colin Huebert et Erik Arnesen, deux gaillards échappés de Great Lake Swimmers. Il y a quelques mois, droits dans leurs bottes, ils parcouraient les ornières du folk rock, le temps d’un premier album diablement racé. Le duo – devenu quatuor avec Shaunn Watt et Peter Carruthers en section rythmique – a repris la route et propose Keep Away The Dead. Histoire d’aller voir un peu plus loin, du côté d’Arcade Fire, si le loup Neil Young ou l’agneau Conor Oberst n’y seraient pas. Empruntant à ces dignes références, ce nouvel album présente des traits à la fois lyriques et noirs. Noirs comme la mort, le froid et le sommeil des titres de ses chansons (Keep Away the Dead, Fiery Death, Dead Right Now, So Cold et Sing Me to Sleep). Lyriques comme l’élan que lui donnent les renforts de deux musiciens, mais aussi d’une section de cordes et des cuivres de Colin Stetson. Cet élan sauve Keep Away The Dead de l’obscurité et du repli, et ouvre des fenêtres qui semblaient destinées à rester opaques. Il lui donne force et vigueur en lui bottant le cul pour l’envoyer prendre le grand air. Lui faisant certes sentir la morsure et la dureté des froids canadiens mais lui faisant aussi découvrir les joies de la neige en boules et des écureuils rôtis. Le conduisant à quelques échappées belles (Twigs And Stones, Fiery Death) et à une reprise tendue au banjo et au mélodica du Revolution Blues du grand Neil.

(publié sur Autres Directions, le 27/10/2011)

ESMERINE • La Lechuza [Constellation, 2011]

Dans Constellation le 18/08/2011 à 01:00

Souffrir à trente sept ans, mourir à trente sept ans. La chanteuse Lhasa De Sela – simplement appelée Lhasa – est morte le 1er janvier 2010, vaincue par un cancer. La Lechuza – La Chouette – est un hommage rendu par quelques proches. Sans pathos ni colère. Élégant et profond. Une invitation à allumer une bougie, à inspirer profondément, à sentir ce coeur qui bat et sourire. Une invitation à ouvrir quelques barrières, aussi. A s’ouvrir. Lhasa avait collaboré avec Arthur H, Bratsch, Vincent Delerm et Jeanne Cherhal. Et aussi avec les Tindersticks (sur Waiting For The Moon). Elle avait repris, avec Patrick Watson, le Between The Bars d’Elliott Smith. Elle était une belle voix et une âme chaude.
Sur ce troisième album d’Esmerine, le percussioniste Bruce Cawdron (Godspeed You! Black Emperor) et la violoncelliste Beckie Foon (Thee Silver Mt. Zion), s’entourent de musiciens amis pour partager l’hommage. De Patrick Watson,  co-auteur en voix de tête de Snow Day For Lhasa, mais aussi de la harpiste Sarah Page (The Barr Brothers) et du percussionniste Andrew Barr (The Slip, Land of Talk, The Barr Brothers).
A l’unisson, ces cœurs naviguent entre ouverture lumineuse (A Dog River), recueil poignant (Snow Day For Lhasa) et danse insouciante, s’échappant en crescendo choral et céleste (Trampolin).
Ces pages du souvenir, humbles et justes, se referment en émotion forte, sur Fish On Land, un inédit de Lhasa, interprété en compagnie de Bruce et Beckie.
Hommage simple et généreux, La Lechuza s’écoutera à la lumière d’une bougie. Qu’on éteindra du bout des doigts.

(Publié sur Autres Directions, le 18/08/2011)

SISKIYOU • s/t [Constellation, 2010]

Dans Constellation le 11/01/2011 à 00:00

Il est toujours délicat de confier les clés de la cabane au fond des bois. Mais depuis les tristes départs de Mark Linkeous et Vic Chesnutt, elle est un peu tombée à l’abandon. A perdu de son aura et de sa superbe. Les toiles d’araignées se sont installées. Les guitares, les chants et les plaintes se sont tues. A se demander, d’ailleurs, si les clés n’ont pas été perdues. Quoi qu’il en soit, la réserve de bourbon est vide. Ne reste qu’un peu de sirop d’érable. Oui, les temps ont changé. Entre Louisville et Atlanta, les Billy The Kid et Calamity Jane d’un folk-rock anémié ont soigné leurs fêlures. Ont peut-être découvert le velours, la soie et les bains chauds. Et dans la plaine, la poussière et le béton ont été domptés.

Du côté de Constellation, on garde le goût du boisé bancal, du banjo et des patates aux lard. On continue de sourire aux gueules cassées et aux âmes en vrac. On semble tenir à cette cabane qui, d’une Amérique en deuil et en marge, a accueilli tant de veuves et d’orphelins, tant de losers magnifiques. Ces dernières années, envoyés par la maison de Montréal, et outre l’infiniment regretté Vic Chesnutt, ce sont des Eric Chenaux et des Sandro Perri qui sont venus l’honorer de leur six-cordes plaintive. De leurs mots arides. Aujourd’hui, Colin Huebert et Erik Arnesen – qui collaborent au sein de Siskiyou, frappent à la porte. Les hommes ne sont pas des inconnus. Encore moins des indésirables. Membres des Great Lake Swimmers, ils ont manié batterie, guitare et banjo, pour porter au plus haut un folk-rock panoramique, dignement hérité du grand Neil. Ce premier album éponyme est bâti sur les démos guitare-voix de Colin Huebert, en partance des Swimmers. Il en a gardé la fibre brute, immédiate. Rèche. Ici, point d’esbroufe. Que du vrai. Du sûr. Enregistrement dans des cages d’escalier, des salles de bain, des chambres d’hôtel de la région de Vancouver. Instrumentation à l’ancienne. Guitare, piano, banjo, accordéon, trompette. Pour un songwriting limpide et sincère. Pour des chansons qui sentent la gamelle, le café et la gnôle. Qui font battre la mesure sur le parquet et balancer la tête en rythme. Yeux rivés sur les crépitements du feu de bois. Funeral Song. Everything I Have. This Land.

Il est toujours délicat de confier les clés de la cabane au fond des bois. Mais avec des gars comme ça, pas de souci à se faire. Sauf pour les écureuils.

(publié sur Autres Directions le 11/01/2011)

LES MOMIES DE PALERME • Brûlez Ce Cœur [Constellation, 2010]

Dans Constellation le 08/12/2010 à 00:00

Rendre visite aux momies des catacombes capucines de Palerme est une expérience inoubliable. Chargée d’un sentiment mêlé de tristesse, de gêne et de honte. Ces momies se comptent par milliers et sont exposées, à l’air libre, et au voyeurisme de chacun. Car il est possible de leur rendre visite, de les observer, de les dévisager. De déambuler sous les yeux vides de ces moines et de ces personnalités locales assez riches et prétentieuses pour s’offrir une éternité embaumée. Rendre visite à ces momies, c’est entretenir une morbide confusion des genres, entre la vie et la mort, si proche.
Les Momies De Palerme est aussi le nom du projet musical de Marie Davidson et Xarah Dion. Originaires de Québec, les deux jeunes filles, aperçues dans le Land Of Kush, sont mises en avant par le premier volume de la série Musique Fragile de Constellation. Leur Brûlez Ce Cœur est une évocation constante de la mort. Des chemins qui y mènent et l’affrontent (Rivière Du Non-Retour, Incarnation, Brûlez Ce Cœur, Outre-temps). Dans ces antichambres, les rythmes sont rares. Tout n’y est qu’éther, calme et mélopées. Soulignées par l’oud de Sam Shalabi, et accompagnées de claviers et de violons tordus et suppliciés, les voix déroulent — en français — leurs cantiques acides. Et hantent plus qu’elles ne chantent. L’univers ainsi créé se situe aux confins du mystique, du mythologique et du fantastique, perdu entre sonorités post-punk et orientalisantes. Un no-man’s land où se seraient donnés rendez-vous les camarades de label Feu Thérèse, Black Ox Orkestar et, bien sûr, Sam Shalabi. Pour une randonnée sans retour vers le grand paradis noir. Brûlez Ce Cœur. Brûlez Ce Cœur. Brûlez Ce Cœur.

(publié sur Autres Directions le 08/12/2010)

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