
Collectif artistique jetant un pont entre Reykjavík et New York, Bedroom Community a déjà marqué, en neuf références, la scène musicale. Neuf références et cinq artistes. Les fondateurs Valgeir Sigurðsson, Ben Frost et Nico Muhly. Rejoints par Sam Amidon et, en dernier lieu, Daníel Bjarnason. La huitième référence, le Draumalandið de Valgeir Sigurðsson, incarne avec force la complicité artistique qui règne au sein de ce label, où influences et collaborations croisées créent un alliage unique de musiques classique, électronique, expérimentale et folk.
Draumalandið est un album indissociable du film éponyme qu’il illustre, signé Thorfinnur Gudnason et Andri Snær Magnason. Un documentaire sur la lourde dette – financière et écologique – d’une Islande dont le gouvernement a bradé la richesse verte pour les beaux yeux d’industriels de l’aluminium. Qui s’est lancé dans la construction d’un monstrueux barrage. Qui a vendu des espoirs contre un désastre. Et a révélé un noir revers de la médaille verte.
Ce second album de Valgeir Sigurðsson ouvre sur Grýlukvæði, une folk-song douce-amère, interprétée en Islandais par Sam Amidon, et dont la fausse innocence – il y est question d’une sorcière mangeuse d’enfants terribles – donne un ton qui sera ensuite largement illustré. Profond et tragique. Et né d’émotions concurrentes et paradoxales. Soulevées à la fois par la saisissante beauté de l’île et par la force du malaise. Des émotions où s’expriment colère et violence retenues. Finalement éteintes par l’impuissance et le fatalisme.
S’enchaînent alors des titres, entre intimité (“I Offer Prosperity And Eternal Life”, Hot Ground, Cold) et puissance (Dreamland, Past Tundra), qui témoignent de la complémentarité des musiciens qui viennent épauler Valgeir Sigurðsson. Concernés par le même propos, unis dans le même registre. Nico Muhly (arrangements, piano, celesta, harmonium), Sam Amidon (banjo, guitare), Ben Frost (électronique), Hildur Guðnadóttir (violoncelle), Borgar Magnason (basse), Nadia Sirota (violon, viole) et Daníel Bjarnason (piano préparé).
Parfois violent, souvent touchant, mais jamais grandiloquent, Draumalandið vient s’éteindre au pied du magnifique Helter Smelter. Ultime bouffée d’émotion et d’angoisse. Ou l’on cherche, en vain, des traces d’espoir.
(paru sur Autres Directions le 06/12/2010)
