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Archive pour 2012|Page d'archive annuelle

GARETH DICKSON • Quite A Way Away [12k, 2012]

Dans 12k le 10/05/2012 à 00:00

Une guitare acoustique et une voix en fils conducteurs de pensées, en dessinateurs de paysages ambient, voilà qui est rare. Mais sans doute pas étonnant si leur hôte est 12k, label certes fondé sur des bases électroniques abstraites mais grand cartographe d’explorations musicales. Qu’importe le flacon. Avec six-cordes et mots, Quite A Way Away propose la même douce ivresse que ses récents voisins de catalogue, le Ballads Of The Research Department de The Boats et le Shizuku de Illuha. Son folk ne proteste ni ne blues. Il ne chante ni l’or, ni le plomb. Détaché du terrestre, ancré dans le rêve, il promène simplement huit ballades minimalistes et délicates. Huit compositions d’arpèges et de voix flottante qui allègent et rapprochent du bleu. Élégant et sobre, Gareth Dickson effleure et suggère. Et esquisse les contours du fantôme d’un Nick Drake dont la présence en filigrane est le meilleur des auspices.

 

(publié sur Autres Directions le 10/05/2012)

M. WARD • A Wasteland Companion [Bella Union, 2012]

Dans Bella Union le 01/05/2012 à 23:00

On l’avait croisé dans l’ombre Bleu Pétrole de Bashung, puis retrouvé dans la lumière de She & Him et des Monsters Of Folk. Le voici de retour en solo et pour sa belle pomme avec A Wasteland Companion, le successeur au Hold Time de 2009. Toujours superbement sensuel et caressant, respectueux d’une histoire de la musique qui le nourrit et entouré de ceux et celle qu’il aime, M. Ward dresse de ces instants de bonheur qu’on dit simple et dont on a tous un jour parlé.
La voix compose à nouveau entre l’aridité et le velours. La maîtrise des gammes classiques s’offre un papillonnage entre sucrerie pop (Sweetheart), volutes bleu delta (A Wasteland Companion) et reprise rockabilly – du standard de jazz I Get Ideas, en tendre contrepoint à l’interprétation de Louis Armstrong. L’énergie est simple et belle. Diffusante et bienveillante. Pure Joy, sont les derniers et maîtres-mots. Qu’il en soit ainsi, Monsieur Ward. « And it’s joy, honey, pure joy uh huh, pure joy just to see you again. »

(publié sur Autres Directions le 02/05/2012)

HEROIN IN TAHITI • Death Surf [Boring Machines, 2012]

Dans Boring Machines le 25/04/2012 à 00:00


Death Surf, par Heroin In Tahiti. Bad trip et surf sous les Tropiques. Tout est dit. En sept titres hypnotiques et sombres, Valerio Mattioli et Francesco De Figuereido – deux acteurs de la scène romaine – offrent un écrin musical à ce que serait un remake de Sergio Leone par le David Lynch de Lost Highway, à un western spaghetti scénarisé par Barry Gifford (Wild At Heart, Perdita Durango). Une barrière de corail radioactive comme horizon, des champignonnières contaminées comme grands espaces. Où comment Ennio Morricone se trouverait mixé et broyé au noir, un jour de migraine tenace. Mélodies empoisonnées, synthétiseurs analogiques rageurs, reverb majeure. Limpidité des notes de guitare troublée par d’abrasives scories oxydées. Death Surf glisse sur les mêmes eaux noires que le Dead Man de Jim Jarmusch et Neil Young. La quête du repos en moins, l’air vicié en plus. Entre suffocation blues et surf rock au mercure.

(publié sur Autres Directions le 25/04/2012)

DICTAPHONE • Poems From A Rooftop [Sonic Pieces, 2012]

Dans Sonic Pieces le 12/04/2012 à 00:00

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Les poèmes s’écrivent sur un toit quand on est amoureux ou quand on est en guerre. Poems From A Rooftop évoque les toits de la Révolution Verte iranienne de 2009. Des toits en révolte étouffée.
Les poèmes de Dictaphone n’ont pas de mots – hormis ceux portés dans Rattle par Mariechen Danz. Ils sont de cordes, de jazz, d’électronique et de quelques samples. Ici des pas précipités, là une course essoufflée, stigmates d’une contestation.
Poems From A Rooftop hérite de Sonic Pieces exigence classieuse et attirance pour l’ombre. Mais – est-ce une nouvelle tendance pour le label berlinois, qui le rapprocherait ainsi de City Centre Offices ? – c’est un album d’une belle énergie, lumineuse et fluide, où rythme et chaleur font leur apparition.
En ombre féline et libre, Poems From A Rooftop flotte sur la ville, y coule un flow à la fois tendu et suave et distille quelques sonorités d’Orient. Rejoints par le violoniste Alexander Stolze, Oliver Doertell et Roger Döring proposent leur œuvre la plus aboutie. Celle d’une maturité qui, après un silence de six ans, leur permet d’associer avec la plus grande finesse, émotion et conscience.

(publié sur Autres Directions le 12/04/2012)

XIU XIU • Always [Bella Union, 2012]

Dans Bella Union le 03/04/2012 à 00:00

Jamie Stewart déçoit rarement. Depuis une dizaine d’années et neuf albums, son dérangeant univers de provocation et de malaise est une valeur sûre. C’est un étalon-or qui fait figure d’exutoire pour qui a besoin de laisser sa colère déchirer murs et fenêtres pour retrouver un peu d’air. Pour qui veut expulser une bile angoissante sur un no future à redorer. Pour qui connaît la valse des adverbes de temps.
Always ne déçoit pas. Voix essorée, beats fracturés, riffs ciselés. C’est une décharge d’énergie, délectable autant que détestable, qui – et c’est nouveau – tétanise autant les guiboles que les poings serrés. Hi, Joey’s Song, Beauty Towne. Une entrée en matière brûlante, des titres que l’on qualifiera de dansables, faute de savoir mieux nommer les mouvements erratiques et habités qui animent ainsi les membres. Reviennent ensuite les fables bancales, grinçantes et anxiogènes. Les mots doux-amers, les sons aluminium et la diction gélifiée et acide.
On s’abrutira d’Always comme un papillon de nuit, d’un néon. On l’écoutera ad libitum, debout devant un 43ème visionnage en accéléré du Silence des Agneaux, les doigts collés sur un verre de vodka glacée. Et l’on finira par trouver une sortie dans les persiennes pour aller jardiner ses nuages. Comme toujours.

(publié sur Autres Directions le 03/04/2012)

CHRIS WATSON • El Tren Fantasma [Touch, 2011]

Dans Touch le 30/03/2012 à 00:00

El Tren Fantasma. Le train fantôme. Le train fantasmé sans doute, aussi. Celui qu’on ne prendra pas, qu’on ne prendra plus. Celui qui reliait Los Mochis à Veracruz, d’Ouest en Est du continent américain, de Pacifique à Atlantique.
Chris Watson – dans une vie antérieure, membre de Cabaret Voltaire – est un maître es captation sonore. Ses albums de field recordings à peine fransformés sont musiques mais surtout documentaires. Ce sont des albums de photos, avec paysages et portraits, avec contrastes, contre-jours et sourires. Ce sont également des films aveugles, au pouvoir évocateur terriblement puissant.
Le long des voies de chemin de fer, El Tren Fantasma immerge dans un Mexique populaire et habité. Vivant. Annonces de chefs de gare, discussions de village, pépiements d’oiseaux, chants du coq, vols d’insectes.
Ces saynètes à la musicalité évidente sont reliées par des tronçons balayés par le vent et rythmés par une cadence que Chris Watson se plaît parfois à déformer en électroacoustique abstraite et inquiétante (El Divisadero, Mexico D.F.).
Au bout de près d’une heure, la machine de fer s’immobilise, laissant derrière elle un tracé qui vient d’entrer dans le passé et de virer en noir et blanc. “This service has now ceased”…

 

(publié sur Autres Directions le 30/03/2012)

RYAN TEAGUE • Field Drawings [Village Green, 2012]

Dans Village Green le 15/03/2012 à 00:00

Où comment l’ambition souffle une bonne brise et touche au cœur. Entre Causeway – album de guitare humble jouant d’airs baroques pour s’affirmer – et Field Drawings, Ryan Teague a pris un envol osé. Multipliant les instruments (piano, violon, violoncelle) et les mettant au service de symphonies de poche, le compositeur anglais offre un album à la fois érudit et évident, direct et imparable et à l’ambition sans prétention. Entre bande-son épique et flamboyante (Tetramery) et gourmandise rythmique (Counter Turn), Field Drawings évoque autant Michael Nyman que Hauschka. Ses courtes pièces claquent. Ses mélodies haut les cœurs soulèvent de grandes bouffées d’air et de couleurs. Jusqu’aux instruments qui jouent des tours, tournoient et s’enrubannent (piano et cordes dans Games For Two). Tout au long de cette valse dingue, une énergie folle et joueuse. Étourdissante et douce. Et tout au bout du souffle, un album de classique moderne, comme l’un des rares chocs du genre, touché par une grâce dont les bras l’en tombent.

(publié sur Autres Directions le 15/03/2012)

MUSETTE • Drape Me In Velvet [Häpna, 2012]

Dans Häpna le 28/02/2012 à 00:00

Paru chez le label suédois Häpna, Drape Me In Velvet est un album de Musette, avec une majuscule. A l’origine, ce n’étaient, entre les mains de Joel Danell, que de vieilles cassettes audio que l’on datera des années 60. Des mélodies barbe à papa et pomme d’amour, en saveurs madeleine et décorations d’après-midi de fête foraine ou d’heures de fermeture de bal populaire. A cette matière d’archive, Joel Danell ajouta des rayures, des griffures et des désordres. Il y superposa aussi quelques nouvelles bribes instrumentales, principalement rythmiques. La curiosité gentiment anachronique devint de l’easy-listening expérimental, tendrement excentrique et follement touchant. Perdu entre passé et présent.
En voisin de chambrée de Leyland Kirby et de son projet The Caretaker – et après le coup d’essai de Datum (Tona Serenad, 2009), Musette joue avec malice des ressorts du temps, de la mémoire et de l’oubli. Et glisse un poil à gratter sournoisement nostalgique – et parfois sombre (Tempelhof, Horse Thoughts) – dans des inconscients qui n’en demandent souvent pas tant pour se laisser chatouiller du côté solitude, et tout au bout d’un rire jaune, émouvoir.

(publié sur Autres Directions le 28/02/2012)

MIREL WAGNER • s/t [Bone Voyage, 2011]

Dans Bone Voyage le 27/02/2012 à 00:00

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Mirel Wagner n’a qu’une vingtaine d’années mais elle chante et conte des vies de noirceurs et de feux éteints. De son portrait, s’échappe un regard volontaire qui n’a peur de rien. Et surtout pas de laisser guitare sèche et voix s’imposer, aussi sûrement qu’un murmure planté au creux de l’oreille. L’intention et la forme ont été mille fois rencontrées mais rarement a-t-on senti de tels frissons parcourir le cœur et l’échine. Rarement depuis Hope Sandoval et bien avant, PJ Harvey. Et peu importe une biographie taillée dans le trop bon goût – Mirel Wagner est Finlandaise, d’origine éthiopienne. Sur la forme, ce premier album est folk. Au tréfonds, il est blues et transpire les démons et les peurs. Minimaliste et aride, c’est un tord-boyaux qui glace le sang jusqu’à l’os.

(publié sur Autres Directions le 27/02/2012)

JASPER TX • The Black Sun Transmissions [Fang Bomb, 2011]

Dans Fang Bomb le 24/01/2012 à 00:00

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Cinq titres, cinq piliers. La brume de Signals Through Wood And Dustn, piquée de présence humaine (code morse, signaux radio). Le violoncelle de Weight Of Days, ample manteau déchirant. L’engloutissement de la guitare claire de All I Could Ever Be par un drone irrésistible et brutal. L’épopée glaciaire de Shores. Et enfin, la victoire d’un piano et d’un trombone sur la fange de White Birds. Cinq piliers pour bâtir, sur des entrelacs d’organique et de métal, une œuvre immersive et dense. Monumentale et foisonnante. Cinq contes à n’en pas dormir debout, qui jettent un voile noir sur des yeux écarquillés et répandent une nappe de plomb sur un monde à frémir. The Black Sun Transmissions. La merveille du monde englouti de Jasper TX et de son urbaniste Dag Rosenqvist.

(publié sur Autres Directions le 24/01/2012)

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